Archive pour ◊ avril 2008 ◊

Auteur: Audrey
• Lundi 14 avril 2008

Pincez-moi je rêve!

Vers 14h, j’étais tranquillement assise dans mon bureau, concentrée sur mon travail, quand dring, téléphone. Rien d’inhabituel. Je décroche.

—Oui allô.
—Oui bonjour, je souhaiterais parler à Audrey…
—Oui c’est moi.
—Ici (me rappelle plus de son nom vous pensez!)… des éditions… (Pas de nom tant que le contrat n’est pas signé mais c’est une maison à Montréal)
—Euh…
C’est une blague ? Pour la caméra cachée?
—Je vous appelle au sujet de votre manuscrit. Ça fait deux semaines qu’il circule dans notre comité de lecture et il fait l’unanimité, nous avons eu un véritable coup de cœur.
—Euh…
Vous parlez bien de mon roman à MOI?
—Est-ce que votre manuscrit est toujours disponible?
Elle est sérieuse là?
—Euh…oui
—On est intéressés à le publier alors. Je serais à Québec pour le salon de livre, est-ce qu’on pourrait se rencontrer?
Pincez-moi, pincez-moi, pincez-moi quelqu’un !
—Euh…oui bien sûr.

Elle s’arrête et je l’entends sourire à cause de mon état de béatitude extrême. Et puis elle reprend, me parle de sa maison d’édition, de la collection dans lequel mon roman serait (je garde le conditionnel tant que le contrat n’est pas signé) publié, me parle de leur façon de travailler (droit de regard sur la couverture, et sur le résumé au dos), l’ambiance et… de contrat.

Le rdv est fixé pour mercredi soir au salon, on va discuter une heure ou deux, et je repartirai chez moi avec un contrat à étudier !!!

Elle parle de la France, de l’originalité de mon roman, de son potentiel. Elle a une voix toute douce et je n’en reviens toujours pas. Mon coeur bat à 100 à l’heure, ma voix tremble, elle a hâte de me rencontrer, je lui dis que moi aussi et on raccroche. Ça fait trois heures, et je n’en reviens toujours pas ! Bordel, j’ai envoyé mon roman le 17 mars !!!

Bon faut que je me calme, rien n’est encore arrêté, mais… Y’a une vraie maison d’édition interessée par mon roman!!!

Auteur: Audrey
• Mercredi 09 avril 2008

Depuis quelques mois, je lis presque religieusement des blogs littéraires d’aspirants auteurs, pour la plupart Français, qui racontent leur cheminement à travers le monde de l’édition, leurs espoirs déçus, leurs combats. L’un des plus connus selon moi est celui de Wrath (dans mes liens) une jeune parisienne de 25 ans vivant à Londres et qui après avoir failli publier son premier roman s’est mis en tête que le milieu de l’édition parisienne (je dis parisienne parce qu’il y a deux niveaux en France, les maisons à Paris et celles ailleurs, et même à Paris, il y a encore plusieurs niveaux) était complètement pourri, et qu’il était impossible de publier sans connaitre les bonnes personnes.

Je ne la rejoins pas sur tout et son acharnement sur les auteurs publiés qu’elle interviewe en podcasts pour leur faire avouer qu’ils n’ont pas envoyé leur manuscrit par la poste est assez ridicule mais elle a le mérite de dénoncer certaines pratiques et de réveiller certains idéalistes, comme moi.

Avant d’en apprendre un peu plus sur ce milieu, je pensais sincèrement que seul comptait la qualité d’un manuscrit, qu’ils étaient tous lus et que le réseau n’était pas si important. Je me fais sourire des fois devant ma naïveté. Alors que c’est comme partout, se faire recommander c’est plus facile, et surtout dans le milieu artistique. Boréal a la réputation de ne publier que sur recommandations et Rafaëlle Germain le reconnaît elle-même, si elle n’était pas la fille de… elle ne serait pas PARTOUT en ce moment. Ça n’enlève rien à ses qualités réelles d’écrivain, j’ai moins aimé son deuxième roman mais elle sait écrire et son premier livre restera un de mes coups de coeur à vie, j’ai d’ailleurs hâte de voir combien de semaines elle va rester en tête des palmarès de ventes.

Bref, tout ça pour dire que bien des aspirants auteurs (allez appelons-nous des AA, tant pis si c’est déjà pris) devraient se réveiller, certains me font de la peine quand ils racontent qu’ils ont envoyé leurs romans chez Gallimard. Gallimard, c’est la maison la plus prestigieuse de la francophonie, on se réveille, quand on habite au Québec et qu’on connait personne, on a une chance sur 100 000 de se faire publier là-bas. Et encore, peut-être bien une sur un million. Pourquoi vouloir s’attaquer aux lions dès le début ? Ah l’égo de l’écrivain.

Le monde a ses règles, en France il parait que 500 familles dirigent toutes les sphères, artistiques, finances, politiques et autres et que les fils et filles de… prennent la relève, en gros la monarchie a encore de longues heures devant elles. Que faire ? Dénoncer violemment le système comme Wrath ? Apprendre les règles du jeu et jouer ? Un réseau ça se bâtit.

J’hésite encore, peut-être que quand j’en aurais à mon actif une vingtaine de lettres de refus, j’aurais envie de tuer tout le monde et que je m’en prendrais violemment au système, pour l’instant, j’observe.

Auteur: Audrey
• Jeudi 03 avril 2008

Sérieusement, des fois je me demande pourquoi j’écris, c’est sûr que j’adore ça mais là je déteste la phase dans laquelle je suis entrée : le doute. Bon j’ai toujours douté de moi, de mon roman pendant que je l’écrivais et je pense que je douterais toujours mais là c’est l’apothéose. Tout ce qui tourne en boucle dans ma tête c’est un truc du style c’est nul ce que t’as écrit, c’est pourri, c’est à mourir de rire tellement c’est nul et autres variantes.


Le fait de relire des nouvelles écrites il y a un an et que j’ai envoyé à des concours n’aident pas. Elles auraient eu besoin d’une relecture et d’une correction en profondeur ces nouvelles, les histoires sont originales mais le style est beaucoup trop scolaire. Du coup, je me demande si je n’ai pas envoyé mon roman trop tôt ? J’aurais peut etre dû le laisser reposer un mois ou deux. Et si dans trois mois, je me relis et que je trouve ça aussi catastrophiques que mes nouvelles ? Je sais que y’aura pas mort d’homme, juste quelques illusions perdues et un relevé de carte de crédit avec des chiffres plus élevés que d’habitude, pas grave donc mais ça me tente pas de le vivre.

Comment avoir confiance en ce que j’ai écrit ? Oui j’ai eu des échos positifs de mes lecteurs mais je pense que même une fois publier on doute, c’est tellement subjectif l’évaluation d’un roman. C’est ça qui est difficile, il n’y a pas de règles, on ne peut pas se dire pour écrire un bon roman, il faut faire comme ça et lister les points à suivre. On reconnait un bon roman par quelques critères mais il n’y a pas de garantie.

J’ai toujours été une assez bonne élève parce qu’il y avait des règles et que je les suivais, il fallait faire un travail comme ça, parfait, je faisais comme ça, c’était simple, en tout cas pour moi, et j’avais des bonnes notes. Même au boulot c’est simple, je sais comment bien faire mon travail, je sais ce qu’on attend de moi, pas de stress.

Mais ils attendent quoi au juste les éditeurs à part un certain style et une histoire un peu originale ? Ils attendent quoi ? Tous quelque chose de différent et c’est grâce à ça que je me rassure, en me disant que je trouverais bien quelqu’un dans le milieu de l’édition qui accrochera à mon roman.

Pour autant, je crois que j’aurais aimé être encore à l’école et qu’un prof me dise comment écrire un roman. Je l’aurais fait et je ne serais pas dans cet état de doute perpétuel.

Mais c’est peut-être aussi ça grandir, apprendre que dans la vie, il n’y a aucune garantie.

Auteur: Audrey
• Mercredi 02 avril 2008
Ça fait longtemps que je me demande pourquoi la plupart des maisons d’éditions refusent les envois de manuscrits par email. Quand on sait qu’elles ne lisent qu’une dizaine de pages de nos romans, on sauverait du temps, de l’argent et des arbres si elles le faisaient. Elles n’auraient qu’à commencer à lire sur l’écran ou n’imprimer que le premier chapitre avant de décider si oui ou non elles veulent lire la suite.

Les plus grandes maisons parisiennes reçoivent jusqu’à 40 manuscrits par jour, le facteur leur en serait reconnaissant. Et pourtant, je crois entrevoir une de leurs raisons à s’obstiner à vouloir recevoir des manuscrits papiers. Quand les gens dépensent des centaines de dollars en impression et en envois, ils s’assurent le plus possible de la qualité de ce qu’ils envoient. Si l’envoi se faisait par courriel, je crois que les maisons seraient encore plus submergés. À peine fini que les aspirants auteurs se dépêcheraient d’envoyer leur roman, juste pour voir. Quand je vois sur des forums des extraits de roman avec du potentiel mais qui ont été envoyés tel qu’elle aux éditeurs, je peux comprendre l’impatience de certains et leur tendance à ne lire que les premières pages.

Ça fait donc dix jours environ que mon roman est sur les tablettes des éditeurs et je n’arrête pas d’en rêver. Cette nuit par exemple, j’ai rêvé que j’allais voler le rapport de lectures sur mon roman chez un des éditeurs que j’ai démarché et que ces rapports critiquaient mon passage où mon héroine s’en va à la cabane à sucre. Je me demande bien pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a ce passage ? Qu’est-ce que mon inconscient veut me dire ? Ensuite, j’allais chez un autre éditeur à Lyon et là un passage de mon livre était affiché sur les murs. Est-ce que ça veut dire qu’il faut que j’envoie mon roman à des maisons d’éditions de ma ville natale ?

J’hésite à démarcher la France, même les plus petites maisons parisiennes, elles sont tellement submergées. Même si j’avais encore vécu en France, je ne crois pas que j’aurais envoyé mon manuscrit chez Albin Michel, Grasset, Fayard et autres, ça ne sert à rien quand on connait personne et être le manuscrit sur 1000 envoyé par la poste retenu ouais j’y crois pas trop.

Je pense attendre d’aller en France pour les vacances de Noël pour envoyer mon roman à des petites maisons, ça me coûtera moins cher et d’ici là, mon roman aura certainement évolué en mieux. C’est ça qui est génial, je crois qu’un manuscrit ne peut aller qu’en s’améliorant à force de corrections.

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