Auteur: Audrey
• Vendredi 06 juin 2008

Je pense que j’ai reçu la lettre de refus la plus froide, hautaine, concise (à peine deux lignes) et même pas signée des Éditions Hurtubise HMH. Sérieusement, tant qu’à faire des lettres de refus type, autant y aller avec des formules un peu petit plus chaleureuses parce que là franchement, je regrette d’avoir dépensé 25 dollars en impression et en envoi pour leur faire parvenir mon roman. Et je regrette aussi d’avoir deux de leurs livres dans ma bibliothèque. Susceptible moi ? Tout à fait !

À part ça, j’ai récupéré mon manuscrit aujourd’hui chez L’instant même histoire de pouvoir le relire avant mon rdv de lundi prochain avec mon éditrice. Le problème, c’est que je n’ose pas l’ouvrir, je ne l’ai même pas sorti de son enveloppe. Pourquoi ? Parce que j’ai trop peur de trouver ça super nulle et de regretter d’avoir signé un contrat pour sa publication. Mine de rien, à force de se faire refuser, on en vient à douter de la qualité de ce qu’on écrit. Et si Caroline se trompe en misant sur mon roman ? Je n’ose même pas imaginer dans quel état serait ma confiance en moi si je n’avais pas eu deux oui. C’est certain qu’en ce moment je serais entrain de remettre en question mon envie/besoin d’écrire et cette histoire.

Je pense aussi que si j’ai peur de me replonger dans mon travail, c’est parce que j’ai lu coup sur coup deux excellents livres et que je n’ai pas envie de me comparer à eux. Le premier Windows on the Word de Frédéric Beigbeder relate les attentats du 11 septembre. Un père emmène ses deux fils manger dans ce restaurant tout en haut d’une des deux tours et 15 minutes plus tard, l’avion s’encastre en dessous d’eux. Et jusqu’à ce que la tour s’effondre, on suit minute après minute le calvaire de ce père, de ses deux enfants et de ceux qui se trouvaient dans le restaurant. C’est superbement écrit, pas de voyeurisme ou de sensationnalisme, au contraire, et c’est très réaliste, je suis sûre que ça a dû se passer à peu près comme ça. Et tout le monde dans le restaurant meurt, évidemment.
Le deuxième c’est Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay, là encore histoire très gaie qui raconte le calvaire de Sarah pendant la rafle du Vel d’Hiv à Paris en 1942 organisée par la police française et qui a conduit à la mort de près de 3000 enfants. Son calvaire c’est qu’en plus du camp, et de la mort de ses parents, Sarah se torture d’avoir enfermé à clé son frère dans le placard de leur appartement quand la police est venue les chercher, pensant qu’elle reviendrait le délivrer vite, pensant que la France et les hommes n’étaient pas devenus fous. Bon je ne vous raconte la fin, mais on est dans la vraie vie alors ça finit mal.

C’est drôle, enfin non pas drôle, affreux plutôt, mais à l’école, on ne parle presque pas de la collaboration de la France et de cette rafle. Il a fallu attendre 60 ans plus tard pour que Jacques Chirac souligne clairement dans un discours le rôle des Français dans cette horreur du Vel d’Hiv. C’est sûr y’a pas de quoi être fiers, et dans nos livres d’histoire on préfère nous parler de Jean Moulin et des autres résistants morts pour la liberté de la France mais des dizaines de milliers de gens sont morts à cause de collaborateurs zellés (les nazis n’avaient pas demandé aux policiers français d’arrêter les enfants lors de cette rafle), il me semble que c’est important que ce soit dit, ne serait-ce que par devoir de mémoire. Et de mon temps à l’école, oui on en parlait, mais si peu. J’espère qu’aujourd’hui c’est différent.

Bref, deux lectures difficiles mais prenantes, deux lectures qui me font me demander comme Sarah pourquoi et comment un homme peut il faire ça à un autre homme ? Deux histoires superbement écrites, rien à avoir avec mon roman et voilà pourquoi je vais attendre un peu avant de me relire.
Et me plonger dans les Confessions d’une accro du Shopping, histoire de changer de registre !

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3 Plumes
  1. S@hée dit :

    Ah les doutes, les fameux doutes… Je pense que ça fait partie du jeu, même si ce n’est pas très agréable.

    Relire avec le recul, ça amène une autre dimension à l’histoire. Tu verras sûrement certaines faiblesses, il y en a toujours, mais surtout des phrases bien tournées, des dialogues juteux et des émotions fantastiques.

    Deux éditeurs de qualité ont retenus rapidement ton roman avec l’espoir de le publier. Ça veut tout dire. Surtout que ces deux éditeurs-là, ce ne sont pas n’importe lesquels.

    Prends une grande respiration… et recommence à lire. Tu oubliras tes doutes.

  2. Audrey dit :

    Merci Emilie ;-)

  3. Anonymous dit :

    qu’un auteur se voie décliner la publication de son roman, n’enlève absolument rien aux qualités de ce dernier. La petite histoire littéraire nous enseigne qu’un très grand nombre de romans s’était vu ainsi mal apprécier par tel ou tel éditeur… le tout est d’évoluer d’un roman à l’autre. Vous êtes encore jeune Audrey et toute la littérature est encore devant toi… Courage!
    Un lecteur anonyme

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