Eh bien, je ne pensais pas qu’écrire un article sur Nelly Arcan ferait passer mon audience quotidienne de 3 à 4 chiffres pendant deux jours ! Le calme retombe tranquillement et je me sens un peu moins étouffée par la présence de toutes ces adresses IP ici. Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’écriture. Oui, je sais, pour changer.
En fait, j’ai envie de réagir à un article paru dans le Figaro cette semaine expliquant qu’un Français sur trois rêve d’écrire un roman. Un Français sur trois, ça fait plus de 21 millions ! Un peu beaucoup, quand même. Bien sûr, il faut faire une différence entre avoir envie d’écrire et arriver effectivement à écrire. C’est ça qui m’interpelle.
Les Français et les occidentaux en général sont de plus en plus éduqués. Ils connaissent leur grammaire et leur orthographe (pour la plupart ! Mais ça, c’est un autre débat), savent écrire quelques pages sans trop de problèmes et ont tous connu l’enfer ou le bonheur des rédactions à l’école voire des mémoires de fin d’études. Conséquence : beaucoup se disent : ça ne doit pas être si dur d’écrire un roman finalement. Grossière erreur.
Ce n’est pas parce qu’on sait écrire correctement en français qu’on sait automatiquement écrire un roman. J’en ai des romans inachevés dans mes tiroirs, j’en ai des romans achevés mais complètement nuls dans mes tiroirs aussi. On ne s’improvise pas écrivain. Même maintenant, je ne me considère pas vraiment comme un écrivain. Tant que je n’aurais pas écrit et publié plusieurs romans avec des personnages différents, des intrigues différents voire même avec des styles différents, je ne me considérerai pas comme un écrivain. C’est ma propre définition de l’écrivain, bonne ou mauvaise.
Des 21 millions de Français rêvant d’écriture, 1,4 possèdent un manuscrit. Encore énorme comme chiffre parce que si entre rêver d’écrire et terminer un roman, il y a une marge, il y en a encore une autre entre terminer un roman et terminer un roman publiable. Il ne m’appartient pas de juger de la qualité de ces manuscrits, je n’en ai lu aucun après tout, ce que je vais me permettre de juger ce sont les 34 % de Français (la majorité donc) qui lisent entre 1 et 5 livres par an (bd, mangas, et livres de recettes inclus !).
On ne le répètera jamais assez : pour écrire, il faut lire. On apprend tellement en lisant que je ne pourrais pas me passer de lecture. Bien sûr, mon rythme n’est pas le même toute l’année. Je n’ai lu que 4 livres cet été contre 6 ou 7 en janvier, mais je veille toujours à être courant de ce qui se publie, en France comme ailleurs. Je veille toujours à lire et à diversifier mes lectures. D’ailleurs, après le Voyage d’hiver de Nothomb (eh oui, j’ai succombé et j’apprécie beaucoup ma lecture), je vais me plonger dans du fantastique pour la première fois avec Rêve Marie de Francine Gauthier, auteure publiée chez De Mortagne et dont j’ai acheté le livre lors du salon du livre de Québec en avril.
Bref, tout ça pour dire que les Français rêvent d’écrire mais qu’ils lisent peu. Si on devait publier ces 21 millions qui aimeraient tenter l’aventure de l’écriture, qui lirait leurs œuvres ? Étrange paradoxe que le lecteur soit une espèce en voie de disparition tandis que l’écrivain ou l’aspirant-écrivain, lui, se multiplie.









Si on voit bien, une grande partie de ceux qui écrivent, parlent surtout d’eux ! “Quand j’étais jeune, j’ai été abusé”, “mon père a tué ma mère”, “j’étais anorexique”… A moins d’avoir un énorme talent, le côté journal intime “j’écris pour partager ma douleur” ne marche pas. Anne Carrière a une fois dit dans une interview qu’elle n’était pas thérapeute “merci de ne plus envoyer ce genre de manuscrits”. Ce sont ceux-là qui encombrent plus qu’autre chose… Et pour ceux qui écrivent comme toi ou moi, c’est la galère. Le marché est bouchonné. Toi pour une simple réédition (ce qui est quand même incroyable) et moi parce que malgré tous les romans écrits, je n’ai pas la place au milieu de tous les autres manuscrits.
Je ne dis pas que j’ai un talent exceptionnel, mais je suis “noyée” parmi les auteurs de livres uniques…
Outre le désir d’avoir une “oreille”pour ses problèmes, je me demande ce qui se cache derrière le désir d’être publié…
Est-ce que c’est le désir d’être connu, reconnu? Pourtant, les écrivains ne sont pas des stars…
Rackham Le rouge a laissé un commentaire-coup de sabre sur mon blogue, je le recopie ici:
On est écrivain quand c’est la chose qui passe avant tout…
- Avant le quotidien
- Avant la lecture des livres des autres
- Avant l’enseignement de l’écriture aux autres, ce qui est cocasse est d’enseigner des choses qu’on ne maîtrise pas
- Avant le blog qu’on tient, où la part de textes originaux est si infime que finalement on a plus l’habitude d’écrire des articles que des textes d’écrivain…
Bref, on n’est pas écrivain quand on dit qu’on l’est, ça se constate ou pas.
Je voudrais bien ne pas penser la même chose, mais force m’est d’admettre qu’il a pas mal raison et donc je ne suis pas écrivain. Pas à 100% en tout cas. Si j’étais écrivain, au lieu d’écrire ce commentaire ce matin, je serais en train d’écrire mon livre.
L’italique du commentaire précédent aurait dû se terminer avant le dernier paragraphe “Je voudrais (…)”
On ne peux pas s’improviser écrivain, on l’est ou on ne l’est pas. On peux le devenir cependant, c’est la maturation qui devient loi, et s’impose naturellement à nous. On est alors un peu comme Niesztche, et l’on devient ce que l’on ait déjà. Il n’y a pas de recette. C’est mieux de s’y prendre tôt que tard, et sans doute faut-il avoir vécu bien des vies, entrepris bien des choses et être sortis du paroxysme de l’oubli, de l’orniére, de la fatalité pour oser s’imposer, cela demande de la la volonté, du travail, de l’orgueil, de la folie, et aussi un peu de talent. Je ne suis pas certain que l’on écrive si bien que cela à 25 ans, quand on lit les pauvres romans de la fille Mitterand, tous publiés, rédigé à l’âge des boutons, à l’âge d’aller à l’école, c’est pathétique. A mon sens, le désir d’être publié rejoint le fantasme de ne pas être oublié. On veux laisser une trace de son passage sur cette planete, sanctuariser sa vie de merde. Le sujet importe peu, Arcand ne parlait que de sa vie dans ses bouquins, sa vie fantasmée mais sa vie quand même. Enfin ne pas se faire d’illusion : le talent ne débouche sur rien, à part gros coup de chance, l’édition est un monde véreux, compromis, géré par des affairistes
Dans publier, il y a pub, alors que dans écrire, il y a cri.
Cela résume bien les choses, je pense.
Bon, et où est le mal?
Qu’ils fantasment !
Chacun a bien le droit de croire, qu’un jour, son manuscrit pourrait être le prochain livre à la mode, le prochain livre qui donnera au moins un peu de plaisir à un lecteur. Il est certain que ces manuscrits ne sont pas tous des oeuvres d’arts, qu’ils inondent les maisons d’édition et que celles-ci peuvent passer à côté d’un manuscrit plus brillant.
Cependant, ces 34% de français ont le droit de rêver d’une autre vie. Personne ne peut les critiquer, surtout pas quelqu’un qui est déjà publié.
Par contre, je suis d’accord sur un point.
Oui, pour écrire, il faut lire. Et, pas que des livres de littérature. Il faut TOUT lire, même des livres de recettes, même des B.D., même des mangas. Ne fût-ce que pour se rendre compte de la différence entre ce type d’écrits et un roman.
Et, même, autre chose que des romans d’écrivains mondialement connus et reconnus.
@Jo Ann : Ah ah, j’adore la citation d’Anne Carrière ! C’est vrai qu’on est noyé parmi des manuscrits-témoignages, les éditeurs doivent en avoir tellement marre de recevoir ce genre de choses qu’il doit, mine de rien, être difficile de conserver la conviction que des manuscrits originaux arrivent par la poste.
)
@Annie Q : je pense qu’il y a l’envie de laisser sa trace après sa mort et oui l’envie de devenir célèbre. Autant passer à Loft story, c’est plus rapide et plus simple !
@Claudel : cette définition est idéale mais certainement un peu trop utopique, on ne peut pas et on ne doit pas tout laisser tomber pour l’écriture, il faut aussi vivre pour écrire.
@Jean : je serai moins catégorique sur le monde de l’édition, c’est comme partout il y a des cons, des gens véreux et des gens honnêtes qui font bien leur travail.
@Une page : c’est bien dit mais je rajouterais que dans publier il y a la certitude que notre cri a été entendu
@LL : je ne critique pas ces 34% qui rêvent d’écrire, je dis seulement que bcp de ces 34% s’imaginent qu’écrire est facile et la chute risque d’être bien grande. Quant à lire, oui, il faut lire de tout, même des bd, des mangas, des livres de psycho populaires etc. Par contre, je n’irai pas jusqu’à dire que lire des livres de cuisine, ça aide à écrire un roman (sauf si notre héros est cuisiner !
Bonjour!
oui, je suis d’accord, je suis iranienne et pense comme toi, la qualité est importente, pour écrire, il faut lire et la création et l’imagination sont très sérioux, je suis contente de votre connaissance.
Ok, là, je comprends mieux où tu veux en venir
)
Et, euh, pour le livre de cuisine, je me suis peut-être emballée, c’est certain ;oD
Bonne continuation en tout cas…
@Sarah et LL : merci à vous deux !