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Auteur: Audrey
• Dimanche 02 décembre 2007

Voici les réponses de Gilles Pellerin à mes questions, éditeur chez Instant Même

Comment est né L’instant Même?
Les quatre cofondateurs de la maison, Jean-Paul Baumier, Denis LeBrun , Marie Taillon et moi étions des lecteurs de nouvelles. Or le genre était peu présent dans l’horizon éditorial au Québec. Nous avons voulu combler une lacune. Et nous assurer d’avoir de bonnes nouvelles à lire ! Nous avons créé la maison en 1985 et publié. Notre premier titre un an plus tard. Puis peu à peu sont nées les autres collections : roman (1993), essai, théâtre, cinéma.

Combien de manuscrits recevez-vous par jour ou semaine?
Nous recevons presque un manuscrit par jour ouvrable. Au Québec certaines petites maisons, en raison de leur spécialité (les maisons de poésie, par exemple) ou de leur qualité ou de leur audace, reçoivent autant de propositions que les grandes sociétés.
Comment procédez-vous à la sélection? Par lecteurs, comités de lectures, autres ?
Les manuscrits sont évalués par un comité de lecture. La direction littéraire répond à ses recommandations.

Sur la totalité des manuscrits reçus annuellement, combien en publiez-vous?

Nous sommes dans la moyenne : environ un manuscrit sur vingt est retenu pour publication.

Quelles sont les raisons les plus fréquentes pour justifier un refus?
Beaucoup écrivent, peu écrivent de la littérature. Par ailleurs, nous savons être en mesure de défendre certains types d’écriture. Inutile pour nous de nous lancer dans des segments éditoriaux où nous ne nous sentons pas à l’aise.

Comment vous prenez-vous pour promouvoir les livres que vous publiez?

La promotion est le point faible des petites sociétés éditoriales, du moins au plan de la publicité. L’essentiel de notre travail est fait par notre attachée de presse. Il vise la presse (recensions, critiques, rencontres publiques, etc.). Une partie de ce volet se réalise par ailleurs lors des Salons du livbre de Montréal et Québec.

La concurrence surtout avec les éditions de Montréal est-elle difficile?
La provenance géographique des éditeurs n’est pas le premier critère qui distingue une maison d’une autre, si ce n’est que les médias nationaux (donc montréalais) sont parfois portés à considérer ce qui se fait « en province » comme n’ayant pas le coefficient de sérieux voulu. À Québec, le réflexe est inverse : on voit mal ce qui se fait si près de soi. À la longue, une maison, d’où qu’elle vienne, imposera sa qualité. La concurrence entre éditeurs est moins difficile que celle entre la littérature et d’autres types de livres dans l’espace médiatique : un livre de recettes reçoit infiniment plus d’attention qu’un recueil de nouvelles, ce qui est en soi un signe de l’état actuel de la culture.

Le marché du livre québécois étant relativement petit, essayez-vous de promouvoir vos livres à l’étranger, notamment en France? Pourquoi?
Le marché français est en grande partie beau rêve. J’entends par là que le pénétrer est dans les faits très difficile, surtout si l’on agit de loin, comme c’est notre cas. La France a gardé des réflexes coloniaux, elle ne s’ouvre pas spontanément devant ce qui provient de sa propre langue mais hors des limites hexagonales. La remarque d’Octave Crémazie (« il eût mieux valu écrire en iroquois ») s’applique toujours. Nous sommes présents, certes, mais modestement.

Comment reconnaissez-vous un livre qui pourrait intéresser des lecteurs?
Cet aspect n’est pas déterminant pour nous (ce qui ne veut pas dire que nous n’en tenons pas compte : se tenir loin du goût ambiant est ruineux). Il le cède du moins à ce que nous estimons être la qualité. Il est certain cependant que l’intérêt présumé des lecteurs joue, mais c’est là une donnée bien aléatoire. Actuellement, l’autofiction semble recueillir l’assentiment général, mais est-ce là un avis de lecteurs ou une position d’écrivains ? C’est surtout une étiquette facile à utiliser : un critique s’est récemment montré sévère à l’endroit d’un roman que nous avons publié, pour la raison que l’autofiction est détestable. Or ce n’en était pas… Cela illustre à quel point l’idée qu’on se fait de la littérature (ce qu’elle est, ce que les gens aiment) est tout sauf objective.

Quelle genre de livres les Québécois préfèrent-ils lire?
Les libraires vous répondraient mieux que moi.

Avez-vous des idées pour relancer le marché littéraire, pour encourager plus de personnes à lire?
Je passe une partie de ma vie à chercher à répondre à cette question. C’est qu’elle est complexe : quelle place tient la lecture dans la vie des Québécois ? quelle place tient la littérature à l’école ? quelle place tient la littérature dans les médias ? Nous vivons dans un cadre où il est possible à un nouveau chanteur d’écouler 150 000 exemplaires de son disque : la presse l’aura soutenu. Un écrivain ? Quand en entend-on dans les émissions de radio ? Quand parle-t-on vraiment de leurs livres et de leur œuvre ? Là me semble le premier lieu (la presse) à reconquérir.

Quels conseils pourriez-vous donner aux écrivains désirant être publiés?
D’être patients : un texte gagne au mûrissement. D’être au moins exigeants pour eux-mêmes qu’ils le sont pour leur éventuel éditeur.

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