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Auteur: Audrey
• Dimanche 05 octobre 2008

Il y a quelques mois, j’ai contacté Stéphane Bourguignon pour discuter un peu de la différence entre l’écriture de roman et de scénario. On a alors correspondu par courriel quelques temps et ses conseils m’ont été très précieux. Il y a deux ou trois semaines, je lui ai demandé s’il accepterait de répondre à mes questions sur l’écriture pour mon blogue et il a gentiment accepté en précisant que ce ne serait pas pour tout de suite.

J’ai reçu ses réponses ce matin que voici :

  • Depuis quand écrivez-vous ?

L’âge de 15 ans.

  • Pourquoi?

Pour beaucoup de raisons qui évoluent au fil des ans. Ou qui ne sont pas toujours les mêmes d’une journée à l’autre. Mais principalement parce que j’aime jouer avec les mots. J’aime les voir apparaître sur la page ou sur l’écran. J’y trouve un plaisir esthétique qui me vient probablement des visites à l’imprimerie de mon père quand j’étais petit. Ensuite, j’aime l’idée que la simple manière d’agencer ces mots peut créer de l’émotion chez un lecteur ou un auditeur. De la peur, du rire, de la mélancolie, de la tristesse, etc. J’aime les histoires aussi. Elles disent quelque chose sur notre condition d’être humain. C’est par le biais des histoires qu’on peut se découvrir et se comprendre. C’est une façon d’ouvrir les cœurs et de propager la compassion.

  • Comment écrivez-vous vos romans? Faites vous des plans, des fiches de personnages?

Je ne sais que quelques pages à l’avance ce que je vais écrire, tout en ayant une idée de certains des temps forts du livre. Pas de plans détaillés, pas de fiches de personnages non plus. Mes plans ne tiennent jamais la route bien longtemps, c’est dans le phrase à phrase que me viennent les idées les plus intéressantes. L’important c’est de baigner dans un univers riche et inspirant. Je note donc des mots clés (que j’affiche parfois sur mes murs), des idées, des musiques. Je découpe des articles de journaux qui touchent de près ou de loin mon sujet, je recherche des photos sur le net et m’en fais une banque. Tous les moyens sont bons.

  • Comment s’est passée votre première publication?

Magiquement bien. L’éditeur était très, très emballé par le livre. Hormis une bonne quantité de fautes d’orthographe, je n’ai pas eu à retravailler le manuscrit. Le roman est paru et tout de suite il a eu une attention particulière. Il a été traduit en anglais, publié en France où j’ai été invité à faire de la promotion et un producteur m’a même acheté les droits pour en faire un film (qui n’a jamais vu le jour, malheureusement).

  • Vous êtes également un scénariste à succès, quelles sont les différences entre l’écriture d’un roman et celle d’un scénario ?

Il y en a beaucoup. En scénarisation, il n’y a quasiment que du dialogue et en écriture romanesque c’est justement l’inverse. On attache assez peu d’importance au style dans un scénario. Ce qui est aussi l’inverse pour un roman. Les scénarios sont des objets hyper, hyper structurés tandis que dans un roman, on peut se permettre de flâner un peu (si vous me passez l’expression). On peut faire des parenthèses, des digressions, brefs c’est le lieu de toutes les libertés. Il faut être conscient de l’image, en scénarisation. Ce qui est vécu ou ressenti par les personnages doit être installé dans un lieu inspirant. Les déplacements, le mouvement, ont une importance capitale dans le dynamisme et la beauté de la chose. Le scénariste doit fabriquer des images. Évidemment, le roman n’est pas assujetti aux coûts de production d’une série ou d’un film. Nombre de personnages illimité, décors à volonté, cascades, etc.

  • Comment avez-vous vécu le succès de La vie La vie ?

Très bien, jusqu’à un certain moment. Vers la fin, alors que l’émission était au summum de sa popularité, mais que mon travail était terminé et que j’essayais de passer à autre chose, j’ai trouvé ça un peu pénible d’être continuellement ramené sur le sujet.

Il y avait quelque chose de très intime, aussi, dans cette série. Une part de moi très privé (pas vraiment dans l’événementiel, mais plus dans les préoccupations) et je crois que le fait de m’en faire parler par des étrangers me mettait un peu mal à l’aise.

  • Des conseils aux écrivains en herbe?

Écrire, écrire, écrire, lire, lire, lire… Et trouver le temps de vivre à travers tout ça, parce que c’est de la vie que se nourrit la fiction. Surtout, ne pas avoir peur de raturer, de jeter des pages complètes ou même des chapitres entiers.Un auteur trop attaché à chacune de ses phrases n’évolue pas.

  • En exclusivité pour mon blogue, que va-t-il se passer dans la prochaine saison de Tout sur moi ? Vous n’êtes pas obligé de répondre ;-)

Deux scoops : le premier épisode sera en mode comédie musicale et Valérie fera de la prison pour voies de fait.

Auteur: Audrey
• Mardi 16 septembre 2008

Au retour d’un souper chez Claire et Michel, les amis de toujours, Édouard arrive au moment où son fils Maxime quitte la maison pour aller vivre chez sa mère. Littéralement sous le choc, Édouard est victime d’un malaise physique qui l’amène à réaliser que sa vie a pris une tangente peu souhaitable. Pour se sortir de cette impasse, il tente la confrontation. Au rendez-vous, il y aura Véronique, son ex-femme, puis Simone, sans compter Claire et Michel… un jardin rocambolesque, une vasectomie shakespearienne, un fusil bien encombrant et de la tendresse, beaucoup de tendresse. Se sortira-t-il indemne de cette prise de conscience ?

Stéphane Bourguignon est un auteur que j’affectionne beaucoup. J’ai adoré sa série TV La vie, la vie, et j’ai dévoré L’avaleur de sable. Le principe du geyser, la suite de L’avaleur de sable, par contre, m’a moins emballée que le premier mais j’ai quand même eu envie de lire Un peu de fatigue. Je savais que ce roman-là serait plus “sombre” que les autres parce que j’avais lu une entrevue où Stéphane Bourguignon disait qu’après La vie, la vie, il en avait eu marre des bons sentiments.

Un peu de fatigue est effectivement plus déprimant, mais le style de Stéphane Bourguignon a gagné en maturité, son écriture est tout en finesse, il sait faire ressortir les émotions à travers les mots. Ses phrases sont imagées, ses mots sonnent toujours juste quand il s’agit de mettre le doigt sur les douleurs d’Édouard. Ce livre n’est néanmoins pas à lire en période de déprime parce que durant les 3/4 de l’histoire : tout ce qui ressort c’est : la vie c’est nul, c’est dur, ça fait trop mal, à quoi bon la vivre ? Pas top, mais la fin laisse tout de même entrevoir un peu plus d’espoir.

Deux gros bémols : le changement de point de vue alors qu’on ne s’y attend pas. Au bout de 70 pages environ, on commence un chapitre et hop c’est quelqu’un d’autre. Sauf que Stéphane Bourguignon utilise toujours le je et qu’on met au moins une ou deux pages à comprendre qui parle. Pareil quand il rechange de point de vue. Et puis le passage où Véronique, l’ex femme d’Édouard, raconte que le pénis de son ex est plus gros que celui de son conjoint actuel, de 3 centimètres (c’est précis hein ?) et que c’est pour ça qu’elle avait plus de plaisir avec son ex, m’a franchement fait éclater de rire. Faut arrêter avec votre complexe par rapport à ça les gars !

Deuxième bémol : le moment où Édouard devient complètement fou et menace son meilleur ami, son ex-femme, et son fils à l’aide d’un révolver. Je n’ai pas du tout aimé ou alors il aurait fallu aller jusqu’au bout dans la spirale de la folie et de la dépression et qu’il les tue. Mais non, il se calme, l’air de rien, et l’incident est clos. Je m’excuse mais on ne menace pas son enfant avec une arme pour ensuite dire désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris.

Ce fut néanmoins une lecture bien agréable même si je pense que Stéphane Bourguignon est devenu meilleur scénariste que romancier. Je n’ai jamais retrouvé la fraîcheur de L’avaleur de sable, son premier roman, dans ses autres livres. Par contre je l’ai trouvé dans La vie, la vie et plus récemment dans Tout sur moi.

Je vous laisse sur une phrase que je trouve très vrai : ” il m’est apparu que si toutes les énergies dépensées pour des futilités, ça et là dans le monde, étaient mises au service d’une véritable cause, un sacré ménage pourrait être fait sur cette planète” p 242